LA SEMAINE DE SUZETTE


Kate Fricero la Semaine de Suzette

L’épreuve (dessin de Kate Fricero)

 

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Quand, au cours des années 60, la collection de bandes dessinées anciennes s’est institutionnalisée, avec ses libraires, ses salons, ses revues et plus tard ses catalogues, il s’agissait d’un univers essentiellement masculin qui boudait les « illustrés de filles ». Il aura fallu attendre une vingtaine d’années pour que les collectionneurs soient aussi des collectionneuses et que l’intérêt des journaux féminins soit reconnu. Deux titres concurrents ont vécu plus d’un demi-siècle et résisté aux deux guerres mondiales : FILLETTE et LA SEMAINE DE SUZETTE. Ils sont aussi les titres les plus intéressants et les plus collectionnés de cette presse. Penchons-nous sur LA SEMAINE DE SUZETTE pour voir où peut résider son intérêt aujourd’hui :

Historique et sociologique d’abord : LA SEMAINE DE SUZETTE est née en 1905, au lendemain de l’Affaire Dreyfus, et se présente ouvertement comme un journal destinée aux fillettes de bonne famille, traduisez catholiques, anti-juives et anti-francs-maçons ; au fil des années, et du succès populaire, cette idéologie se masquera davantage, jusqu’à disparaître en grande partie à l’aube de la mort du journal en 1960.

Un dessin de Kate Fricero dans la semaine de Suzette

Esthétique ensuite : dès son début LA SEMAINE DE SUZETTE apparaît bien présentée, intégrant discrètement le style nouille ; le papier et l’impression sont de bonne qualité. Rien ne changera dans ce domaine, ou si peu, jusqu’à l’interruption de juin 1940. A la reprise, en 1946, le bandeau-titre sera plusieurs fois modernisé, avec un goût de moins en moins sûr, et une qualité de papier et d’impression allant decrescendo jusqu’à la médiocrité finale.

Artistique enfin: plusieurs illustrateurs de talent auront contribué au succès et à la renommée du journal qu’ils serviront jusqu’en 1940. Le plus célèbre est Joseph-Porphyre PINCHON dont BECASSINE deviendra le personnage emblématique du journal.

Bécassine et la contrebasse (Semaine de Suzette n°25 de 1910)

A ses côtés, Henry MORIN illustrera des romans, réalisera quelques bandes dessinées et dessinera le personnage de NANE sur scénario du romancier André LICHTENBERGER ; si NANE ne connut pas le même succès que BECASSINE, son audience ne fut pas négligeable et ses aventures seront reprises en plusieurs albums.

Le Règne de Nane – Texte d’André Lichtenberger / Gautier-Languereau 1926

 

 

 

 

R. de LA  NEZIERE, MANON IESSEL et JACQUELINE DUCHE complètent ce quintette des dessinateurs les plus assidus de la période avant-guerre. D’autres seront présents plus épisodiquement tels KATE FRICERO, HENRI AVELOT, LOUIS MAÎTREJEAN, JEAN D’AURIAN ou ALAIN SAINT-OGAN. Enfin, et cela est moins connu, des dessinateurs illustres, plus improbables dans ce titre, y ont néanmoins collaboré à plusieurs reprises, ainsi HEROUARD, LE RALLIC et René GIFFEY. On a oublié des « seconds couteaux » tels GUYDO ou Ferdinand RAFFIN . Après la renaissance du journal en 1946, on y retrouvera MANON IESSEL fidèle jusqu’à la fin, J.P. PINCHON mais seulement jusqu’au début des années 50 car il décède en 1953. Edith FOLLET, ex-épouse de Louis-Ferdinand CELINE,  y côtoiera René FOLLET qui signe REF à ses débuts,

Coquin le Petit cocker (Calvo) semaine de Suzette n°9 de 1952

Maggie SALCEDO occupera une place importante, CALVO y créera COQUIN LE PETIT COCKER dont les aventures seront reprises en deux albums. Des signatures moins connues apparaîtront Denis G. BOUTIN, Josette BOLAND, Claude VERRIER.

« Soisik et Marita » Julio Ribera Semaine de Suzette n°34 de 1957

Enfin, dans les dix dernières années, le journal tentera de faire plus moderne en accueillant Noël GLOESSNER et Alain d’ORANGE et surtout en contribuant au lancement  de « débutants » promis à une belle carrière : Julio RIBERA (futur créateur du VAGABOND DES LIMBES, pas dans ce journal bien sûr) …et Georges PICHARD (dont PAULETTE et les B.D. érotiques feront la gloire, pas dans ce journal disais-je).

« Le secret de Jhor » Georges Pichard dans la Semaine de Suzette n°3 (13 décembre 1956)

 J’en oublie bien sûr. Mais au fait si vous voulez en savoir davantage, il est peut-être temps de collectionner LA SEMAINE DE SUZETTE. Un dernier mot, et c’est anecdotique, savez-vous qu’avant de renoncer définitivement en juin 1960 et demander à ses lectrices (teurs) de se reporter au JOURNAL DE MICKEY, LA SEMAINE DE SUZETTE tenta un dernier baroud d’honneur en amorçant la publication, qui restera inachevée, de CHLOROPHYLLE ET LES RATS NOIRS de Raymond MACHEROT !

Requiescat in pace !

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