Tex Willer, un héros de western en petit format


Tex_Willer_by_Aurelio_Galleppini C’est le 30 septembre 1948 que naît Tex Willer. Avec Le Petit Shériff (Il Piccolo Sceriffo, 30 juin 1948), c’est l’une des premières productions italiennes réalisées sous forme de «strisce».
Lorsqu’ils créent Tex, ses deux auteurs ont déjà une carrière bien remplie dans la bande dessinée :
Gian Luigi Bonelli, le scénariste, né en 1908, a écrit un grand nombre de scénarios dans les années trente et quarante, illustrés par les meilleurs artistes italiens de l’époque : Caesar, Albertarelli, Molino, Canale, Paparella…
Le dessinateur, Aurelio Galleppini, est né en 1917. Il débute dès 1936 et sa signature, Galep, figure à partir de 1940 dans des journaux comme Topolino et L’Avventuroso et dans des récits complets comme Albi del l’Intrepido. Une partie de son travail a été traduite en français (dans Robinson, Spirou, Zorro…). Les Sélections Prouesses le francisèrent en G. Aurèle!
En 1948, Bonelli et Galleppini créent simultanément deux héros destinés à lancer une nouvelle maison sur le marché italien (Éditions Audace, ancêtre des actuelles Éditions Sergio Bonelli).

Occhio CupoLe premier de ces héros, Occhio Cupo, est un corsaire masqué dans la lignée des films avec Errol Flynn. Il est superbement mis en images par Galleppini, qui consacre une journée complète à chaque planche. Le second, bâclé le soir et une partie de la nuit, est un cow-boy modelé sur Gary Cooper : il doit s’appeler Tex Killer mais au dernier moment son nom est transformé en Willer afin d’éviter tout ennui avec la censure.
Au bout de quelques mois, la cause est entendue : Occhio Cupo s’arrête car Tex Willer se vend beaucoup mieux! Et 45 ans plus tard, son succès ne s’est pas démenti.

Les premières histoires sont banales. Tex est présenté comme une sorte de justicier solitaire tirant sur tout ce qui bouge. Mais rapidement, le récit s’étoffe : dans un premier temps, Tex devient ranger, faisant ainsi la connaissance de Kit Carson. Puis, capturé par les Indiens, il est sauvé du poteau de torture par Lilith, la fille du chef. Il l’épouse (cet épisode est relaté dans Spécial Rodéo n° 5 et repris dans une nouvelle traduction dans Rodéo n° 274 à 277 puis dans Mustang n° 154 à 156).

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A la mort du père de Lilith, il deviendra le chef des Navajos sous le nom d’Aigle de la Nuit. Le scénariste va alors pouvoir varier les thèmes en jouant sur la double fonction ranger/chef indien. Lilith meurt, dans des circonstances dramatiques qui seront expliquées plus tard (épisode paru dans Rodéo 226 à 229 et réédité dans Mustang 107 à 110), mais lui laisse un fils, Kit.
Le célèbre quatuor est alors constitué : Tex Willer, la quarantaine immuable, son fils Kit rapidement devenu adolescent, Tiger Jack l’Indien fidèle et farouche; et enfin Kit Carson, le plus âgé et le plus râleur (ses joutes verbales avec Tex sont un régal).

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En juin 1967, la série en «strisce» s’arrête et le person­nage passe dans Tex Gigante, une nouvelle formule de 110 pages au format 20 x 26. Les histoires s’allongent, Bonelli en profite pour ralentir de temps en temps l’action et laisser ses personnages discou­rir. Il est fréquent, par exemple, pendant dix planches, de voir Tex et ses compagnons installés autour d’un feu, le soir, en train de mettre en place un plan, analysant la psychologie de leurs adversaires. Le ranger s’y révèle un habile stratège, d’autant que pour lui la fin justifie les moyens. Tex a en effet son propre code : il n’hésite pas à abuser de la force physique pour passer à tabac un adver­saire et il a souvent recours à l’intimidation. De plus, son caractère impossible crée sans cesse des conflits qu’il résout en général par une bagarre. Mais il s’attaque avec un égal courage aux politiciens véreux, aux shérifs corrompus et aux militaires bornés, n’hésitant pas à se placer dans des situa­tions parfois périlleuses pour lui et ses proches.

On sent que Bonelli s’est investi à fond dans son person­nage, s’identifiant complètement à lui (ses rares interviews révèlent un homme dur et intransigeant). Il a su décrire finement la mentalité indienne, évitant le manichéisme habi­tuel de la plupart des films et des bandes dessinées. N’oublions pas que Tex s’est marié à une Indienne en 1950! A la fois représentant de la loi et chef incontesté de tribu, son héros, individualiste forcené, symbolise et défend la justice à une époque où elle était constamment bafouée.

mephisto2Intelligent et audacieux, tireur d’élite (il a battu Buffalo Bill lors d’un duel au fusil !), imbattable aux poings, Tex se devait d’affronter un ennemi à sa mesure : son Olrik à lui s’appelle Méphisto. Doté de pouvoirs occultes, ce véritable génie du mal combattra le ranger et ses amis dans plusieurs épisodes homériques. A sa mort, son fils Yama reprendra le flambeau, guidé par la haine que son père lui communique du fond des enfers!

Bonelli a souvent eu recours au fantastique : des mondes perdus peuplés de dinosaures aux fleurs-vampires tombées du ciel, son univers regorge d’êtres maléfiques ou étranges : Yéti, homme-loup, sectes chinoises ou vaudou… Tout cela sous l’aile protectrice d’El Morisco, un Égyptien spécialiste du surnaturel, qui conseille avec sagesse et compétence Tex et ses amis dans les cas les plus difficiles.

Tex ne se situe décidément pas dans le champ du western cinématographique. Il n’a aucun lien avec le western-spaghetti en dépit du film Tex et le seigneur des abysses interprété par Giuliano Gemma en 1985 (et dans lequel Bonelli joue le rôle d’un vieux sorcier indien!). Il n’a pas d’équivalent non plus en bande dessinée, s’opposant radica­lement par exemple à un Blueberry, plus réaliste et plus traditionnel.

Les nouveaux auteurs :

•    Gian Luigi Bonelli a écrit tous les scénarios jusqu’en 1975. Puis son fils Sergio l’a remplacé anonymement en quelques occasions, relayé ensuite par Claudio Nizzi. A noter un maxi-épisode hors série (décembre 1991) écrit par Berardi, l’auteur de Ken Parker.

On retrouve au dessin, outre Galleppini, d’autres dessinateurs, principalement :

  • Erio Nicolo (1919-1983), l’auteur de Chandra Prince Royal dans L’Intrépide-Hurrah !
  • Guglielmo Letteri, spécialiste des ambiances ténébreuses et mystérieuses où se profile l’ombre d’El Morisco.
  • Giovanni Ticci, élève de Giolitti, a instauré un style plus «dur». Ses premières histoires sont remarquables (voir par exemple La Croix tragique dans Rodéo n° 251 à 255, repris dans Mustang n° 131 à 136).
  • Ferdinando Fusco, beaucoup vu aux Éditions Mondiales, dessine un Tex apparenté à celui de Ticci.
  • Fabio Civitelli privilégie la clarté. Son Tex est sage.
  • Jesûs Blasco, célèbre dessinateur espagnol, travaille de manière sombre et maniérée. Les amateurs de bandes dessi­nées fantastiques n’ont pas oublié sa Main d’acier.
  • Claudio Villa est le jeune qui monte. Il a un talent excep­tionnel et il ne faut pas rater ses histoires (deux traduites pour l’instant, dans Rodéo n° 479 à 481 et Rodéo n° 498 à 502).
  • Raffaële Marcello, après une fructueuse carrière en France, dont les nostalgiques ont surtout retenu Le Cavalier inconnu, est retourné en Italie pour une retraite bien méri­tée. Mais il n’a pu s’empêcher de reprendre son pinceau pour rejoindre l’écurie Bonelli en 1991 (non traduit encore).

Tex en France :

Au début, Tex fut éparpillé chez différents éditeurs :

A la S.A.G.É. Tex s’appela Texas Boy et parut dans ceux publications : Texas Boy (même formule que les strisce » italiennes) et Youmbo Magazine.

A la S.E.R. de Pierre Mouchot, Tex devint Old Boy et fut publié dans : Old Boy, Humo, Rancho Spécial.

Rodeo43Mais c’est aux Éditions LUG que l’essentiel a été adapté.  Les premières aventures ont été insérées dans Supplé­ment à Plutos n° 2 à 8. Tex fit l’objet, en 1952, d’un mensuel grand format, qui dura 35 numéros. Quand Tex s’arrête au n° 35, la suite paraît dans Rodéo à partir du n° 43.mustang71

Pendant deux ans, Tex passa également en bande complé­mentaire dans Yuma (n° 49 à 73). Il y eut un mensuel Tex Willer qui ne dura que 4 numé­ros en 1974. Spécial Rodéo, depuis le n° 1, alterne rééditions et iné­dits. Tex est la bande principale de Mustang depuis le n° 71, mais uniquement en rééditions. Enfin, il y eut un unique album couleurs en 1984 : L’Idole de cristal.

Gérard Thomassian